Total affiche de bons résultats dans un environnement dégradé

Avec un bénéfice net de 6,2 milliards de dollars en 2016, le pétrolier français réalise l’une des meilleures performances du secteur.

C’est la grande satisfaction, à peine voilée, de Patrick Pouyanné, le PDG de Total : dans un monde pétrolier scruté en permanence par les investisseurs et les marchés, la compagnie française affiche en 2016 des résultats meilleurs que ceux des quatre autres « super majors », la britannique BP, l’américaine Chevron, l’anglo-néerlandaise Shell et même ExxonMobil. Son bénéfice net ajusté a atteint 8,3 milliards de dollars (7,8 milliards d’euros), ramené à 6,2 milliards après 2 milliards de dépréciations d’actifs dans le gaz, indiquent les comptes publiés jeudi 9 février.

« Total surperforme fortement par rapport à ses concurrents », se félicite le patron de la première entreprise française par le chiffre d’affaires et la capitalisation boursière (115 milliards d’euros). Ce qui justifie, selon lui, une hausse du dividende, qui sera porté à 2,45 euros versés en numéraire ou en actions. Si l’on retient le résultat net ajusté, qui intéresse les marchés, ExxonMobil et Shell dégagent respectivement 8,9 milliards et 7,2 milliards pour une production nettement supérieure, tandis que BP et Chevron ont gagné 2,6 milliards et 1,8 milliard.

Prix en recul

Ces résultats sont certes en recul de 21 % par rapport à ceux de l’année précédente, où Total avait dégagé un bénéfice ajusté de 10,5 milliards de dollars et son chiffre d’affaires a baissé de 9 % (à 149,7 milliards). Mais ils ont été obtenus dans un environnement dégradé. Le prix du gaz naturel liquéfié, un des points forts du groupe, a reculé de 25 % et les marges de raffinage de 30 %.

De 55 dollars en 2015, le prix moyen du baril est tombé à 44 dollars dans un marché très volatil (il est passé de 27 dollars en janvier à 58 dollars en décembre). De nombreux analystes tablent à nouveau sur un prix moyen de 55 dollars cette année – à condition que l’accord intervenu fin 2016 entre l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et les producteurs non-OPEP (hors Etats-Unis) pour retirer du marché 1,8 million de barils par jour soit respecté. Et que la production américaine d’huiles de schiste ne redémarre pas trop vite.

Si Total a été « plus résilient que les autres majors », il le doit à « la forte mobilisation de ses équipes », souligne M. Pouyanné. Notamment pour réduire les coûts, politique sur laquelle il est arc-bouté depuis son arrivée à la tête du groupe en octobre 2014. De 2,8 milliards de dollars sur 2014-2016, les économies cumulées atteindront 3,5 milliards fin 2017 et 4 milliards en 2018.

Prudence

Le coût d’extraction continue de baisser (5,9 dollars par baril) et la production a atteint 2,452 millions de barils par jour (+ 4,5 %) – le gaz en représente près de la moitié – grâce au démarrage de grands projets. Le « point mort » est désormais de 50 dollars par baril après versement du dividende, selon M. Pouyanné, alors que BP a annoncé un seuil de rentabilité à 60 dollars. Quant aux activités aval (raffinage, pétrochimie, stations-service), elles ont aussi très fortement contribué au résultat en dégageant 5,8 milliards de dollars.

Total restera encore prudent sur ses investissements. Après 18,3 milliards de dollars en 2016, l’enveloppe sera ramenée à 16-17 milliards cette année. Sur certains projets, les coûts de développement ont été réduits de 30 %, voire 50 % par rapport aux sommets atteints en 2013-2014, affirme le dirigeant de Total. Toutes les compagnies mettent la pression sur les sociétés de services parapétroliers qui, selon M. Pouyanné, ne sont pas encore sorties de cette période de vaches maigres.

Dans les dix-huit mois à venir, les dirigeants de Total doivent décider le lancement de dix grands chantiers, au Brésil, en Ouganda, au Nigeria, en Argentine et en Iran. Le projet gazier de Pars Sud, dans le golfe arabo-persique, est le plus incertain. M. Pouyanné a prévenu qu’il ne sera approuvé que si les Etats-Unis confirment la levée de certaines sanctions décidées à la suite de l’accord de juillet 2015 sur le programme nucléaire iranien. Dans les six mois, le nouveau président américain doit renouveler – ou non – les décrets de Barack Obama levant certaines sanctions. « Soit les Américains renouvellent et à ce moment-là le contrat est exécutable et nous l’exécuterons, a-t-il précisé ; soit ils décident de sortir du champ du traité et on ne peut pas travailler en Iran. » Avant et après son élection, Donald Trump n’a cessé de fustiger la levée des sanctions décidée par les Occidentaux et les Russes, promettant de revenir sur la signature de son prédécesseur.

Par Jean-Michel Bezat

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