Chronique : Voilà les échéances référendaires derrière nous

Nouakchott, 10/08/2017 – Le Conseil des Ministres s’est réuni le Jeudi 10 Août 2017 sous la Présidence de son Excellence Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz, Président de la République.

Voilà les échéances référendaires derrière nous. Comme avait dit François Mitterrand au soir de son élection le 10 mai 1981 « au-delà des clivages qui nous séparent, Il appartiendra à l’histoire de juger l’action de chacun d’entre nous ». Il faisait naturellement allusion à l’attitude de Valéry Giscard d’Estaing qui, contrairement aux usages républicains, n’avait pas eu la délicatesse de féliciter son illustre successeur.
Nous Sommes donc responsables devant le peuple et serons jugés par l’histoire.
Au-delà des attitudes partisanes ou tendances courtisanes, nous devons placer l’intérêt de notre pays et les aspirations légitimes de son peuple au dessus de toute considération.
A travers cette tribune, je me suis déjà acquitté de l’honorable devoir de féliciter les mauritaniens, toutes sensibilités et obédiences confondues, pour avoir franchi cette phase avec une relative sérénité, et ce malgré mon inquiétude de nous voir vouloir devenir tous des dirigeants politiques.
Cette tendance m’inquiète, dans la mesure où elle ne laisse pas d’espace où peuvent s’épanouir de véritables bâtisseurs de l’État.
Partageons donc les rôles entre ceux qui font la politique (Boelletig comme dirait Mohamed Sneiba), et ceux qui feront l’État. En effet, il est difficilement admissible de concilier le technique et le politique par la seule politisation du premier.
Pourtant, dans les récents amendements, la création de conseils régionaux suscite chez moi l’espoir de voir le pays s’orienter vers une véritable territorialisation du développement. Cet espoir risque d’être déçu si on ne met pas en oeuvre lesdits conseils avec des mesures appropriées dont :
1) une véritable décentralisation qui favorise les décisions ascendantes avec une appropriation soutenue par les populations des actions de développement local et communautaires. Il reste entendu qu’une décentralisation sans régionalisation de la programmation, des prérogatives et des moyens resterait vaine.
2) l’élaboration et la mise en oeuvre de la composante spatiale de notre système national de Planification. Jusqu’ici, nous nous limitons à l’approche purement économique, souvent influencée par les urgences et les contingences de changement de l’ordre institutionnel ou de l’ajustement structurel. Si l’approche purement économico-sectorielle ignore l’équité spatiale, l’autre approche ne prend pas en compte ce qu’on appelle communément « les agrégats économiques ». Elles sont donc complémentaires dans tout système de planification qui se veut cohéhent, équilibré et durable. C’est en les conjuguant que nous pouvons réduire, voire éradiquer, les grandes et nombreuses disparités nées d’un système de planification longuement centralisateur et univoque.

Pour y parvenir, nous devons:
1) procéder à un redécoupage de l’architecture gouvernementale pour favoriser la réussite d’une réelle décentralisation et un maillage territorial qui promeut les collectivités territoriales par vocation et potentiel.
2) élaborer une politique nationale d’aménagement du territoire dont les outils et référentiels (SNAT, SRAT, Atlas, etc…) favoriseront la cohérence des programmes, la synergie des actions et la cohésion des territoires. Ainsi, nous aurons un territoire maillé au lieu d’un territoire éclaté.

C’est à ces conditions que les Conseils Régionaux prendront toute leur signification et pourront jouer pleinement le rôle qui leur sera dévolu en vue d’atteindre les résultats escomptés.

Debellahi Abdel Jelil