Mauritanie : le taux de prévalence de l’excision dépasse les 60%, selon des études récentes

En Mauritanie, la pratique de l’excision chez les petites filles demeure largement répandue avec une prévalence dépassant, parfois, les 60%, selon les études menées par différentes organisations dans le pays.

Les rapports de l’UNICEF établissent que le taux de prévalence de l’excision en Mauritanie est passé de 72% en 2007 à 69% en 2015.

Les derniers chiffres officiels mauritaniens publiés en 2016, mentionnent une prévalence de 66% à l’échelle nationale. Ils font également ressortir des différences en fonction des provinces, soulignant que cette prévalence est plus élevée chez les populations riveraines du fleuve Sénégal.

La plupart des fillettes sont excisées seulement un mois après leur naissance.

Selon l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides), « 90% des filles excisées le sont avant l’âge de 5 ans et les rapports onusiens mettent en lumière le risque encouru par une fillette d’être excisée dès lors que sa mère a déjà été excisée ». « Parmi les filles excisées entre 0 et 14 ans, seules 5% avaient des mères non excisées », note un rapport de l’Ofpra.

L’UNICEF confirme l’hypothèse du juriste mauritanien Amadou Boubou N’Dongo selon laquelle si l’excision varie en fonction des ethnies et des régions, elle varie également en fonction du degré d’éducation des mères. En effet, le risque d’excision augmente significativement de façon inverse avec le niveau d’éducation de la mère.

« D’après les chiffres de 2010 fournis par le gouvernement mauritanien et le bureau de l’UNICEF en Mauritanie, l’excision touche près de 72% des Mauritaniennes et de fillettes de quelques jours sont toujours conduites par leurs proches chez la praticienne traditionnelle du village », note le texte de l’Ofpra.

En effet, l’excision, selon la tradition mauritanienne, est considérée comme un rite initiatique des filles comme celui de la circoncision chez les garçons.

La pratique de l’excision est largement répandue dans toutes les couches de la société mauritanienne, mais elle demeure plus répandue en milieu rural où 81% des fillettes sont excisées alors que seulement 57% le sont en milieu urbain.

D’après les conclusions de l’UNICEF, la pratique de l’excision a plutôt tendance à reculer en ville qu’en zone rurale. « De même, les familles les plus défavorisées pratiquent davantage l’excision (83% contre 21% chez les plus aisés) », indique un rapport de cette organisation.

Selon l’Étude sociologique sur les MGF (mutilations génitales féminines) en Mauritanie, conduite par le professeur Doro Sow de l’université de Nouakchott, 36,6% des femmes déclarent que la pratique de l’excision doit continuer, 66,6% des femmes déclarent avoir subi une forme de mutilation génitale féminine ou excision, alors que 53% des filles de 0 à 14 ans ont déjà subi les mutilation.

Selon le professeur Abdoulaye Sow, enseignant chercheur à l’Université de Nouakchott, la « pratique des mutilations (excision) n’a pas reculé, comme le prétendent certaines organisations, mais elle a plutôt tendance à persister en raison des justifications et pesanteurs sociales qui l’accompagnent ».

« Il convient de faire voter un texte de loi interdisant définitivement cette pratique et aller sur le terrain pour comprendre et convaincre les populations en mettant en exergue sur les dégât qu’elle engendre et en démontrant la faiblesse des arguments fournis par la tradition », a-t-il enfin souligné.

La Mauritanie a signé plusieurs texte et conventions internationaux et régionaux relatifs à l’interdiction de la pratique des MGF, mais la législation nationale ne comporte aucun texte interdisant clairement ces pratiques, notent les observateurs. F
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